Le mot du Président

Raoul Follereau souhaite que cette fondation luxembourgeoise adhère immédiatement à la fédération internationale des associations de lutte contre la lèpre qui coordonne les aides sur le plan international. Ceci permet à la nouvelle association de profiter immédiatement du know how international dans cette lutte spécifique et de coordonner son aide avec des associations amies. A l’époque où nous commencons notre travail, il y a dans le monde 15 millions de lépreux et la lèpre est partout considérée comme la maladie de l’exclusion et les malades sont une minorité de parias abandonnée survivant en marge de la société. Pour combattre la lèpre, les associations ont à leur disposition une seule monothérapie qui stopp la lèpre, mais ne la guérissait pas. Dans les années 1970 à 1980, la résistance du bacille Hansen contre ce médicament se manifesta chaque jour davantage. La situation est dramatique.
Heureusement depuis 1980, la lèpre se soigne et se guérit grâce à une poly chimiothérapie. Le combat prend alors une nouvelle dimension. A travers un immense effort, minutieusement coordonné, les dix-huit associations de lutte contre la lèpre dans le monde ont largement contribué à arracher 12 millions de lépreux des griffes d’une des plus terribles maladies.
12 millions !
A partir du Luxembourg, grâce à des milliers de gens généreux et grâce à la Coopération luxembourgeoise, qui à partir de 1986, soutient cet effort, nous avons statistiquement parlant, dépisté, soigné et sauvé 500.000 lépreux !
Ces 500.000 personnes sauvées par l’aide luxembourgeoise !
Une goutte d’eau sur une pierre chaude ?
Une goutte d’eau qui se dilue dans l’océan de la misère humaine ?
Certes non ! Pour ces 500.000 de pauvres, pour chacun d’eux, pour chacune de leurs familles, cette aide fut la vie et le bonheur retrouvés.
Aujourd’hui le combat se poursuit contre les quelque 300.000 nouveaux cas détectés annuellement et simultanément contre la tuberculose qui fête un terrible come-back. En 1998, nous élargissons notre combat à l’Ulcère de Buruli, cette nouvelle et terrible lèpre qui frappe en premier lieu les enfants.
La lutte contre ces trois terribles maladies de la pauvreté dont le bacille relève de la même famille, demeure l’objectif principal et prioritaire de notre fondation.
En 1992 notre travail a également pris une nouvelle dimension avec la création de notre branche « Follereau-Enfants » parce que les problèmes de l’enfant malade et meurtri sont si spécifiques et si énormes qu’il faut adapter le combat dans des projets à leur mesure.
Effectivement, en regardant la carte mondiale, on ne peut que faire la tragique constatation suivante : il y a quinze ans nous n’avions des yeux que pour l’affrontement des deux grands, le choc des deux blocs, la démocratisation de la tyrannie politique. Nous avions oublié qu’il y a une autre tyrannie, celle de la misère, de la faim, de l’ignorance, du manque de soins et de travail ; une tyrannie qui n’est pas moins meurtrière que la tyrannie politique.
La FFL gère actuellement une soixantaine de projets par an.
A partir de son combat lèpre, elle se cantonne dans le domaine médico-social.
Je cite nos trois projets phares actuels :
Au Mali, le Centre Hospitalier Mère et Enfant (CHME) baptisé « Le Luxembourg » va avoir bientôt 100 lits, une polyclinique, 3 salles d’opération, un laboratoire et une imagerie performante, une maternité, une néonatologie et une polyclinique.
Le Centre Hospitalier du Luxembourg (CHL), à travers un contrat de partenariat, nous fait bénéficier de son expertise médicale. Le bureau d’architecture, Jim Clemes, nous guide avec son expérience dans le domaine hospitalier.
A côté du CHME, la FFL gère également au Mali 3 Centres de Santé Communautaires (CESCOM).
Au Bénin, un 2ème hôpital aussi appelé « Le Luxembourg » avec une capacité d'hospitalisation de 100 lits pour soigner la nouvelle lèpre : l’Ulcère de Buruli.
L’OMS nous a félicité pour cette réalisation et nous a demandé de faire le même investissement en Guinée.
En Guinée, avec le partenariat AGUIRAF, un 3ème hôpital « Le Luxembourg » qui offre une capacité de 30 lits pour les malades de l’Ulcère de Buruli.
Dans ces Centres la FFL soigne et traite quelque 90.000 malades par an.
Oui. Plus que la moitié du monde a faim de pain, de justice et de santé. Et quiconque ne se sent pas interpellé par une indispensable et contagieuse solidarité, devrait au moins cultiver certains sentiments de prudence.
Mais malgré la Bête immonde qui ronge, les ONG sont témoins que des légions d’hommes et de femmes luttent pour le bonheur de l’homme.
Personnellement j’étais, pendant 40 ans, le comptable avare des générosités d’une multitude de gens de ce pays.
J’étais souvent le dépositaire d’inestimables trésors, le mandataire de générosités bouleversantes.
Car le budget d’une œuvre humanitaire est composé de milliers de gestes de solidarité, accomplis souvent par des gens humbles, mais sublimes, qui ont prélevé sur le nécessaire, voir sur l’indispensable, pour qu’un sourire éclaire à l’autre bout du monde des visages qu’ils ne verront jamais. Ce sont ces gens-là qui ont compris la phrase énigmatique de Franz Kafka :
« Loin de Moi se déroule l’histoire mondiale ;
L’histoire mondiale de mon âme.
Je suis l’Autre, l’autre, c’est Moi.
L’Autre est le miroir qui permet au Moi de se reconnaître.
Sa souffrance, même si je m’en défends, me fait souffrir »
Les ONG ont pour mission d’endiguer ce fleuve de solidarité au juste endroit pour en capter l’énergie, pour qu’il devienne une véritable force de frappe du bien.
Ici chez nous, efficacité et transparence de l’ONG sont la récompense pour le donateur.
Et là-bas sur le terrain il faut à l’ONG une sensibilité particulière car elle est consciente que ceux qui ont les poches pleines n’ont pas le droit de venir sur le terrain pour y jouer à la poupée avec la misère du monde.
Alors agissons en sorte que notre professionnalisme, dont nous sommes à raison si fiers, nous garde ce supplément d’âme.
Oui, pendant plus de 40 ans on a essayé de constituer un réseau d’assistance spontanée. Un va-et-vient de mains qui se tendent, qui se serrent, qui s’agrippent, un échange de regards, de paroles, de sourires, d’appels, de cris, qui créent entre les hommes des liens d’une solidité incomparable ;
C’est une sorte de respiration collective.
C’est dommage que les experts et les audits ne puissent évaluer cette donne si importante, si utile et si humaine pour la réussite et la survie d’un projet.
La solidarité a besoin de l’Efficacité.
Nous luttons contre l’indifférence et pour qu’à travers votre aide et à travers notre engagement il y a dans le monde un peu moins de misère et de souffrances.
Nous vous demandons de nous témoigner votre confiance.
Jos HILGER
Président

