
Maintenant que je suis arrivée à Allada, les choses sérieuses peuvent commencer !
Mais d'abord, je tiens à vous faire partager mon quotidien ici au Bénin.
La ville est vraiment belle bien qu'il n'y a pas pour ainsi dire de curiosité touristique particulière à découvrir. Le paysage est tout simplement magnifique car tout est très vert, il y a une multitude de palmiers et aussi d'autres arbres avec des fruits gigantesques dont j'ignore le nom. Mon voisin possède un jardin avec des bananiers que je ne me lasse pas de contempler.
Lors de mon emménagement dans mon nouveau "chez moi", Dr. China m'a remis un trousseau comportant 14 clés ! Chaque porte, chaque placard a sa propre clé, même le lit et le frigo ont une serrure et donc une clé ! Chez nous au Luxembourg, cela ne nous traverserait même pas l'esprit de mettre une clé à un frigo mais ici au Bénin, les préoccupations sont différentes et le nourriture occupe une place importante dans la vie de tous les jours des Béninois.
Ma première nuit vaut également la peine d'être relatée : j'ai vécu ma première panne d'électricité qui ne sera que la première d'une longue série. Comme je n'avais pas encore défait mes bagages, je me suis retrouvée dans le noir total dans une chambre étrangère...heureusement en tâtonnant dans ma valise, j'ai fini par mettre la main sur ma lampe spéléo que j'avais emportée avec au cas où...et elle m'a bien dépannée ! Après avoir essayé de m'endormir avec le bruit de ma climatisation (pour vous donner une idée, on dirait le bruit d'une vieille locomotive), je me suis résignée à l'éteindre et à dormir les fenêtres ouvertes puisqu'elles sont toutes munies de moustiquaires...mais je ne suis pas arrivée à trouver le sommeil pour autant car dehors, il a y plein de bruits, craquements, grincements, crépitements divers...au petit matin alors que je sombrais enfin dans un sommeil bien mérité, j'ai été réveillée en sursaut par le coq du voisin qui se croit obligé de partager ses vocalises avec tout le quartier dès 5h du matin. Enfin pour terminer en beauté, le voisin, lui-même, a entrepris de balayer juste devant ma fenêtre à 5h30. Ce n'est définitivement pas au Bénin que je vais faire beaucoup de grasses matinées !
Pendant les 3 journées suivantes, j'ai pris part à une formation destinée au personnel du CDTUB afin de me familiariser avec l'Ulcère de Buruli. J'ai appris à le dépister, à l'expliquer aux gens etc... puisque je vais accompagner des agents locaux dans les petits villages aux alentours d'Allada. Dans un premier temps, je ne serais qu'un témoin car je ne parle pas encore la langue du pays et peu de villageois parlent le français mais cette formation m'a beaucoup appris sur cette terrible maladie.
Les formations au Bénin ne se déroulent pas comme chez nous. Comprenez par là, que le rythme et les horaires sont différents. Chez nous, 9 heures, c'est 9 heures. Pas en Afrique. La formation commence lorsque tous les participants sont là, c'est à dire 45 minutes après mais c'est ainsi et cela n'offusque personne. Ensuite, avant de débuter la formation proprement dite, il faut élir un "présidium". Je vous explique : 3 personnes sont désignées par les autres afin de faire respecter un certain nombres de règles nécessaires à la vie en société...je cite "Une société sans règles, c'est une société d'animaux". Les différentes règles sont les suivantes : Ne pas parler sans avoir levé la main et obtenu l'accord du président pour prendre la parole, ne pas allumer son GSM etc...mais en fin de compte, aucune de ses règles n'a vraiment été appliquée...
Ce n'est absolument pas pour me moquer que je vous relate tout ceci. Juste pour vous faire comprendre que les choses sont différentes en Afrique. Les gens ne sont pas stressés comme chez nous, ils accordent énormément d'importance à leur famille, à la communication entre eux, ils se respectent énormément les uns les autres, ils ont le souci de la hierarchie. Ils ont la volonté de sortir de leur misère et d'aider leur prochain. Ils n'ont pas beaucoup mais ils sont toujours prêt à partager avec vous le peu qu'ils ont.
L'après-midi, j'ai accompagné l'équipe de l'Association Raoul Follereau du Bénin dans la commune de Zé, dans un tout petit village. Pour y arriver, nous avons emprunté une piste de sable et le voyage a été assez bien mouvementé. Une fois de plus, j'ai été très bien accueillie : visages souriants, séances photos avec les enfants qui voulaient tous être immortalisés sur la pellicule avec moi. Le village était vraiment très beau, composé de petites huttes avec des poules, des chèvres qui couraient partout et une multitude de poussins qui se regroupaient sous ma chaise...etc mais la beauté, l'authenticité de l'endroit, le formidable accueil de la population ne m'ont pas fait oublier la raison de ma présence, à savoir la distribution de fournitures scolaires aux enfants. Ceux-ci étaient vraiment très heureux et reconnaissants de recevoir de nouveaux cartables, des livres, crayons. Les enfants africains semblent vraiment conscients de la chance qu'ils ont de se rendre à l'école, ils comprennent l'importance de savoir lire, écrire et compter et prennent l'école très au sérieux. Ce sont généralement des enfants appliqués et studieux. C'est pour cela qu'il faut les aider car sans éducation, ces enfants verront leur avenir compromis. Je comprends mieux, depuis que je suis sur le terrain, comment il faut aider ces populations. Il ne suffit pas de récolter de l'argent auprès de généreux donateurs et de leur distribuer des vivres etc...ce n'est pas cela l'aide humanitaire. Avec l'argent récolté au Luxembourg, il faut les aider sur place à concevoir des projets de développement avec du personnel local qu'il faut former pour que ces gens deviennent autonomes et puissent poursuivre les projets lorsque les équipes luxembourgeoises s'en iront. C'est d'ailleurs dans cet esprit que la FFL a conçu le CDTUB (Centre de Dépistage et de Formation de l'Ulcère de Buruli) dont je vous parlerai prochainement plus en détails.
Les deux jours suivants, j'ai également pris part à une formation sur la thématique des dangers liés à la consommation d'eau "sale" et les maladies qui en résultent. Très intéressant et...très effrayant aussi de voir toutes les bactéries qui se développent et qui peuvent entraîner des maladies contagieuses et mortelles. Dire que chez nous, il suffit de tourner un robinet pour voir une eau pure et fraiche s'écouler, une eau qu'on peut boire sans se poser aucune question...c'est loin d'être le cas ici au Bénin. Je pense bien que lorsque je rentrerai au Luxembourg, je ne tournerai plus jamais un robinet avec la même désinvolture qu'avant. Bien sûr, j'avais déjà conscience de l'importance de l'eau avant ma venue au Bénin mais ici, je suis confrontée avec une réalité très dure qu'on ne peut pas réellement s'imaginer si on ne le constate pas soi-même : l'eau propre est VITALE et tout le monde n'y a pas accès librement. C'est terriblement frustrant comme réalité.
Je dois aussi vous parler des nombreuses "petites bêtes" qui partagent mon quotidien : je partage notamment ma terrasse avec 7-8 lézards qui se réchauffent des heures durant au soleil et détalent rapidement dès qu'ils m'entendent m'approcher. Je dois avouer qu'ils me font un peu peur mais à ma décharge, ils font tout de même 20 à 30 cm de long ! J'ai également eu le plaisir de faire la connaissance d'une souris dans ma chambre mais j'ai plus été effrayée par l'effet de surprise qu'autre chose mais je l'ai tout de même expulsée dehors : elle y sera très bien en compagnie des lézards !
Ces derniers jours, il y a eu de gros orages à Allada. Ils sont généralement assez violents mais s'arrêtent aussi soudainement qu'ils ont débuté. Petit à petit, je me familiarise avec nouvelle vie et prend mes marques. Je suis vraiment contente d'être au Bénin et de pouvoir vivre cette expérience très enrichissante.
Pour conclure l'histoire de mon périple de la semaine, je cite l'adage béninois du jour :
"il n'y a presque rien qui ne peut pas être transporté sur la tête"
à bientôt,
Romy



