Suivi du programme de lutte contre la maltraitance des enfants au Bénin

Du 14 au 20 décembre, j'ai été sur le terrain avec Armand Djeigo (responsable projets de l'Association Raoul Follereau du Bénin). Nous nous sommes rendus dans le nord du Bénin pour effectuer une mission de suivi du programme de lutte contre la maltraitance des enfants au Bénin. Armand m'a expliqué qu'il effectuait généralement 2 missions de ce type par année afin de contrôler le bon déroulement des projets.

Nous avons ainsi traversé les villes de Djougou et de Parakou mais aussi beaucoup de petits villages se trouvant à la frontière du Togo et du Nigéria comme Megnam, Tiranga, Kpali, Kakpala, Partago, Nikki, Pèrèrè...etc. Tous ces villages sont accessibles principalement par des pistes de sable.
Dans ces villages, nous avons visité différents projets, pour la plupart financés par la Fondation Follereau Luxembourg. Pour vous donner un exemple concret, j'ai choisi de vous parler du projet "PIED" (programme d'insertion des enfants déshérités). L'ONG "PIED" s'occupe d'enfants qui ont été vendus par des trafiquants peu scrupuleux comme main-d'oeuvre bon marché au Nigéria et/ou au Togo. Les petites filles aboutissent soit dans des familles pour y faire toutes les tâches domestiques ou pire dans des réseaux de prostitution. Les garçons sont, quant à eux, exploités dans des usines. Pour lutter contre ces trafiquants, l'ONG "PIED" a mis en place des "Comités de lutte contre le trafic d'enfants" composés d'hommes qui surveillent la route principale aux postes des frontières et qui contrôlent les voitures pour vérifier si elles ne transportent pas d'enfants destinés à alimenter cet odieux trafic. Lorsque des trafiquants sont démasqués, les enfants sont recueillis par l'ONG et demeurent au "Centre de Transit" de Djougou jusqu'au moment où les responsables de "PIED" ont retrouvé leurs parents. La plupart des enfants connaissent le nom de leur village et il est donc relativement facile de retrouver leur famille, toutefois, j'ai pu constater que ce n'était pas toujours le cas car certains enfants étaient là depuis plus de 6 mois.

Pour convaincre les parents de ne pas ou de ne plus vendre leurs enfants (la plupart le font car ils n'ont pas d'autre solution pour nourrir le restant de leur famille), "PIED",  grâce au soutient de la FFL, accorde des microcrédits à des groupements de femmes de l'ordre de 30.000 FCFA (maximum 50.000 FCFA) par femme ce qui représente environ 45€ (max 76€) par femme membre du groupement. Avec cet argent, les mères ouvrent généralement une petite boutique ou une échoppe pour subvenir aux besoins de leurs enfants. L'octroi du microcrédit est accompagné de cours de gestion et d'alphabétisation.
Chaque mois, le nombre d'enfants sauvés des griffes des trafiquants augmente considérablement. Malheureusement, les trafiquants apprennent aussi à déjouer la vigilance des "Comités de lutte contre le trafic d'enfants" et voyagent la nuit et empruntent des petits chemins de brousse pour ne pas se faire arrêter.

Lors de cette mission, j'ai chaque fois été accueillie à bras ouverts par les populations : parfois, le village entier s'était rassemblé pour nous accueillir en musique et avec des chants en notre honneur. Ils étaient fiers de nous montrer ce qu'ils avaient mis en place grâce aux microcrédits accordés par l'Association Raoul Follereau du Bénin et la Fondation Follereau Luxembourg. Certains ont ouvert des petites boutiques, d'autres ont acheté des machines pour travailler l'igname (une espèce de racine, genre manioc) pour en faire de la farine par exemple etc...
Ces visites sont aussi l'occasion pour Armand Djeigo de distiller différentes formations aux villageoises et pour faire quelques séances de sensibilisation comme par exemple sur l'excision, coutûme malheureusement toujours très répandue au Bénin. Et cela semble marcher car dans certains des villages visités, le taux d'excision a véritablement chuté. De plus, on constate que les parents envoient de plus en plus les enfants à l'école (et même les filles !) et ne les forcent plus à porter des choses trop lourdes sur de longues distances de parfois plus de 7km (pour aller au marché par exemple). Dans ces villages, il n'y aurait plus eu de ventes d'enfants depuis 2 ou 3 ans.

En plus de l'excellent accueil que nous avons eu dans les villages, nous avons chaque fois reçu des petits cadeaux : différents légumes, du jus et des sirops faits maison...une poule et même une petite chèvre qui, d'après mes informations, constitua notre repas de Nouvel An ...

Vraiment, c'était une semaine très intéressante. j'ai beaucoup appris, je ne savais pas que le Bénin était une plaque tournante du trafic d'enfants. J'ai été bien informée sur les différents projets et cela m'a fait beaucoup de bien de voir comment, avec les dons luxembourgeois, on pouvait sauver tous ces enfants des trafiquants et aider leurs parents afin qu'ils puissent développer un projet professionnel pour ne plus devoir sacrifier leur progéniture.


Romy

Tous les sujets sont abordés lors des séances de sensibilisation : les dangers liés à la maladie,  l'identification des maladies, comment se prévenir de certaines maladies etc..


Lors de séances de sensibilisation, les mères et les enfants sont informés des dangers liés au trafic d'enfants...on voit l'inquiétude sur le visage de certaines mères.



Le trafic d'enfants au Bénin
par F. Meisch

En 2009, la Fondation Follereau Luxembourg dans le cadre de son programme « Follereau Enfants » en partenariat avec l’Association Raoul Follereau du Bénin, a soutenu l’ONG « PIED » (Programme d’Insertion des Enfants Déshérités du Bénin) à concurrence de 139.000 €. Ce programme d’appui à l’enfance en détresse tente d’enrayer le trafic d’enfants grâce à un projet intitulé « Enfants d’abord ». En 2007 et en 2008, 164 garçons et 215 filles, soit 379 enfants ont été arrachés des griffes des trafiquants. 334 d’entre eux ont réintégré leur famille, 115 ont été réinsérés dans des formations professionnelles et 190 ont bénéficié d’un suivi plus important. Si les diverses actions contre la traite des enfants ont donné de très bons résultats dans certaines localités, l’ONG « PIED » constate toutefois que le phénomène persiste et se développe dans de nouvelles localités non couvertes par les actions où les trafiquants ont établi de nouveaux couloirs de passage.


Pour lutter contre le trafic, l’ONG « PIED » agit à différents niveaux :

  • Sensibilisation des parents sur les dangers encourus par les enfants envoyés à l’étranger lors de séances d’information, création d’affiches, mise en place de panneaux, distribution de tracts, émissions de radio en langue locale etc,
  • Octroi de microcrédits à des groupements de femmes afin qu'elles développent une activité génératrice de revenus pour nourrir leur famille,
  • Sensibilisation des enfants sur les risques encourus s’ils suivent des étrangers qui font de belles promesses d’avenir,
  • Création de comités de « veilleurs » qui surveillent les routes et les principaux points de frontières et se renseignent dans les villages sur le passage des trafiquants éventuels,
  • Développer les possibilités d’insertion socioprofessionnelle des jeunes,
  • Création d’espaces récréatifs pour les jeux et loisirs des plus jeunes,
  • Veiller à ce que tous les enfants soient répertoriés et identifiés à leur naissance…etc,
  • Doter les enfants vulnérables de fournitures scolaires,
  • Prise en charge des enfants "rescapés" des trafics au sein d'un centre d'accueil, écoute et suivi psychologique, réintégration des enfants au sein du cocon familial...etc.

L'origine du problème :

Dans la culture africaine d'hier, le placement d'enfants chez des frères, oncles, amis et tierces personnes visait en premier lieu à assurer un meilleur avenir à ses enfants. Cela s'appelait le "confiage", une forme de parrainage en quelque sorte qui consistait à confier son enfant à des parents aisés qui lui procuraient alors formation, éducation, gîte et subsistance. Le déplacement d'une région à l'autre, ou d'un pays à l'autre, engendré par cette pratique traditionnelle, n'avait alors aucune connotation d'exploitation économique de l'enfant.

Malheureusement, force est de constater qu'aujourd'hui, cette pratique s'est pervertie dans l'unique but de réaliser des profits commerciaux au mépris du bien-être de l'enfant qui n'est plus qu'une marchandise pour des trafiquants peu scrupuleux.

Le trafic de mineurs entre les pays de la sous-région de l'Afrique de l'Ouest (Bénin, Togo, Gabon, Nigéria...) est complexe et soulève de nombreuses interrogations sur la considération de la valeur morale de l'enfant dans nos sociétés modernes et sur le respect et l'application des conventions internationales sur la protection de l'enfant.


Quelles sont les causes de ce trafic ?

Elles sont multiples et multiformes :

-
la pauvreté (aggravation pauvreté et accroissement chômage) des populations tant rurale qu’urbaine,
- le recours à une main d’œuvre domestique bon marché,
- la multiplication des trafiquants attirés par le gain facile,
- l’absence de disposition pénale contre le trafic d’enfants,
- la corruption de certains fonctionnaires,
- la perméabilité des frontières favorisant les échanges  économiques au détriment du contrôle de l’exportation   d’une main        d’œuvre enfantine.

C’est ainsi que chaque année, des milliers de très jeunes enfants sont vendus 30€ à peine par leurs parents à des trafiquants en échange de la promesse de pouvoir aller à l’école ou de bénéficier d’une solide formation et de rentrer au pays après s'être constitué une belle épargne. Certains enfants s'enfuient aussi du domicile parental pour échapper à la violence et à la misère de leur entourage familial. Proies faciles des trafiquants, ils sont achetés en fonction de leur âge, de leur sort et de leur sexe.

Les études réalisées au Bénin montrent qu'il existe deux formes de trafic : le trafic interne et le trafic transfrontalier. Le premier consiste à placer les enfants comme domestiques ou pseudos apprentis chez des "tuteurs" à Cotonou, capitale économique du pays. Le trafic transfrontalier, quant à lui, concerne des enfants dont l'âge varie de 4 à 7 ans et plus particulièrement des filles (cf Etude Antislavery - ESAM). Des petites Béninoises sont envoyées au Togo, au Gabon ou au Nigéria après un voyage éprouvant où beaucoup perdent la vie.

Suivant le pays de destination finale, les trafiquants utilisent différentes pistes pour livrer leurs "marchandises". Pour le Gabon, par exemple, le voyage se fait à pied à travers la brousse et dure plusieurs jours dans des conditions extrêmes. Les enfants, victimes de déshydratation, arrivent généralement dans un état d'épuisement avancé. Pour d'autres destinations, les enfants sont entassés dans les cales de navires de fortune après avoir été privés de leurs maigres biens. Le voyage dure alors plusieurs jours, plusieurs semaines avec souvent des étapes de transit dans d'autres pays. Certains petits passagers s'affaiblissent par manque de nourriture et d'eau (ou d'eau de mauvaise qualité) et meurent dans des conditions atroces avant d'être jetés en pâture aux requins quand ce n'est pas l'embarcation elle-même qui sombre en pleine mer.

Les petites Béninoises qui ont eu "la chance" de survivre à ces traversées, atterrissent alors dans de riches familles où elles sont exploitées sans fin comme domestiques, "bonnes à tout faire" au sens large du terme. Certaines fillettes sont revendues à des réseaux de prostitution et de pédophilie où en plus de leur misère quotidienne, elles contractent de graves maladies comme par exemple le sida. Le sort des garçons n'est guère plus réjouissant : les uns doivent accomplir un travail harassant dans des plantations, les autres doivent porter, sans relâche, de lourds sacs de ciment sur des chantiers/carrières. Tous ces enfants travaillent des journées entières sans répit : réveillées à l'aube, ils sont taillables et corvéables à merci. Mals et peu nourris, ils subissent souvent des traitements inhumains en guise de "correction".

Dans les deux formes de trafic, les trafiquants qui achètent ces enfants font miroiter de bonnes conditions de travail et de scolarisation aux parents et leur promettent des rentrées d'argent régulières. Dans la réalité, ces intermédiaires sont les vrais bénéficiaires du salaire des enfants et n'envoient qu'un très faible pourcentage de celui-ci aux familles. On estime qu’environ 40.000 enfants au Bénin sont forcés de travailler illégalement.

 

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