
C’est en 1989 que la COFESFA (Coopérative des Femmes pour l’Education, la Santé Familiale et l’Assainissement) a été fondée sous l’impulsion de 16 jeunes femmes diplômées de l’enseignement supérieur, sans emplois et qui se sont regroupées afin de développer un projet commun pour trouver un emploi. L’équipe, multidisciplinaire, comprend des juristes, des économistes, des ingénieurs, des médecins, des sociologues, des professeurs d’enseignement secondaire général etc qui n’ont pas hésité à troquer leurs diplômes contre des pelles et des râteaux pour se reconvertir dans la gestion de l’assainissement urbain.
Au départ, ces pionnières s’attaquèrent à la gestion des déchets municipaux en organisant la pré-collecte des ordures ménagères afin d’améliorer l’insalubrité urbaine grandissante de Bamako. Au prix de nombreuses démarches administratives et grâce au Fonds des Nations Unies pour la Femme (Unifem), elles finissent par obtenir deux camions qui vont sillonner les quartiers en s’arrêtant à des points précis où les femmes leur apportent leurs déchets.
Ce faisant, elles prirent rapidement conscience que cette activité, en plus de leur conférer un revenu, leur permet d’entrer en contact direct avec les ménages et plus particulièrement avec les femmes, pierre angulaire de la société africaine. Afin d’améliorer le sort de leurs semblables, elles décident d’étendre leurs activités dans l’éducation en matière de santé familiale.
On peut séparer dès lors les activités de la COFESFA en deux grands volets. Le premier est d’ordre économique avec la création et le suivi d’activités génératrices de revenus comme le maraîchage et la fabrication de petits produits divers. Le second touche davantage le domaine social en proposant des actions informatives, éducatives et communicatives sur des thèmes comme l’assainissement, l’hygiène de l’habitat, la planification familiale, les maladies diarrhéiques, la malnutrition et les infections sexuellement transmissibles etc.


- meilleure information de la femme sur les thèmes liés à la vie courante,
- amélioration de l’état de santé des enfants en réduisant la mortalité infantile,
- création d’emplois avec revenus financiers pour subvenir aux besoins de la famille.

Ces 10 dernières années, la Fondation Follereau Luxembourg, grâce aux dons luxembourgeois et à la Coopération luxembourgeoise a investi la somme de 1.383.298 € dans les différents programmes de la COFESFA.


par F. Meisch
FFL : Comment est venu l’idée de vous regrouper il y a maintenant plus de 20 ans et de créer la COFESFA ?
Fatim : La CO.F.E.S.F.A. a été créée le 10 mars 1989, dans un contexte où le Mali, à l’instar des autres pays africains, était frappé par les programmes d’ajustement structurels et le gel des recrutements au niveau de la fonction publique. Cette période a été caractérisée par la baisse du taux de ramassage des ordures ménagères, qui n’était pas élevé du fait des contraintes budgétaires, celles-ci se traduisant au niveau de la voirie par le sous-équipement. L’idée de nous regrouper est venue dans le but principal de trouver un emploi en tant que jeunes diplômées d’écoles supérieures frappées par l’ajustement structurel (chômage).
FFL : Comment l’idée a-t-elle été accueillie par votre entourage ?
Fatim : Cela n’a pas été facile du tout car c’était véritablement une première dans l’histoire du Mali, que des jeunes femmes se regroupaient pour ramasser les ordures après de si longues études universitaires.
L’activité de ramassage était précédemment gérée tant bien que mal par les services techniques de la voirie municipale. Certains cadres de l’Etat nous ont dit : « Là où l’Etat n’a pas réussi, ce n’est certainement pas des jeunes femmes diplômées sans expérience qui vont réussir » ; d’autres se moquaient de nous et disaient : « Laissez-les, elles vont se casser la figure ». Tout ceci n’a fait que de nous conforter davantage dans nos idées.
Lorsque nos maris ont remarqué et senti en nous la ferme conviction de relever ce défi, ils nous ont finalement soutenues et encouragées moralement et financièrement dans nos projets.
FFL : Quelles ont été les plus grosses difficultés auxquelles vous avez dû faire face ?
Fatim : Au départ, nous ne disposions d’aucunes ressources financières, ni d’un appui des autorités gouvernementales. Les deux premières années, nous avons dû travailler sans relâche et sans rien gagner à la fin du mois, pas même le prix du transport pour se rendre sur les lieux de travail.
En ces moments très durs, ce sont nos maris, nos parents et amis qui nous ont soutenus pour palier à cette difficulté.
FFL : Combien de femmes et de familles avez-vous aidées en 20 ans ?
Fatim : Je ne peux pas évoquer un chiffre, mais je sais que c’est des milliers de femmes et de familles que nous avons aidé pendant ces 20 années de service.
Quel est le projet développé par la COFESFA dont vous êtes la plus fière et pourquoi ?
Fatim : Incontestablement, c’est le projet de la FFL, que j’ai eu la chance de coordonner personnellement. Depuis plus de 20 ans, je peux discuter avec les femmes issues des couches les plus démunies pour comprendre leurs préoccupations et leur apporter mon modeste appui en les conseillant, en les encadrant et en les accompagnant afin de trouver des solutions pérennes et durables à leurs problèmes. Une autre grande fierté pour moi, c’est lorsque j’entends les femmes rurales de nos zones, dirent que : « nous n’avions jamais pensé tenir un jour un bic à la main ! C’est grâce à la COFESFA que nous savons lire et écrire et même tenir des rapports de gestion ». Quand je vois toutes ces femmes aller à la banque, faire elles mêmes leurs opérations bancaires et subvenir aux besoins de leur famille, je suis très contente de m’être lancer dans cette aventure.
FFL : Quels sont vos projets pour l’avenir ?
Fatim : Tout d’abord, nous pensons élargir les activités soutenues par la FFL à d’autres régions car il reste tant à faire. Dans le cadre de l’assainissement et la gestion des déchets liquides, nous sommes à la recherche de nouveaux partenaires pour le renouvellement des camions de collecte des ordures et l’acquisition de camions de vidange des eaux usées (spiros).
Nous souhaitons également créer une unité de compostage intégrant le maraîchage et rechercher des financements pour renforcer la capacité d’accueil et de travail de la COFESFA en général car nous avons encore beaucoup de projets latents pour aider les populations maliennes les plus démunies.
Enfin, nous aimerions créer un site internet pour informer et expliquer la nécessité de notre travail. Il reste encore beaucoup à faire.

